Le pic se pose parfois sur un arbre voisin de la loge, c'est l'occasion de faire des images d'ambiance forestière différentes des images à la loge - © Fabien GREBAN

Photographier les pics, par Fabien GREBAN

I&N : Bonjour Fabien, peux-tu te présenter à nos lecteurs ?
Fabien GREBAN : Je m’appelle Fabien Gréban, j’ai 36 ans, je suis marié et papa de trois enfants. J’ai la chance d’être photographe professionnel et ainsi je peux vivre de ma passion. Je pratique la photographie de nature au sens large (faune, paysage, flore, insectes, etc.). J’habite au cœur du massif Jurassien et c’est ici que je réalise la majorité de mes images. J’ai en effet choisi de cibler mon travail sur la mise en valeur de mon environnement direct.L’évasion, la poésie, l’émotion sont les éléments que je recherche dans la photographie. Je suis donc particulièrement sensible aux ambiances, aux jeux de lumières (contre-jour, clair-obscur), aux fonds flous, etc.
Mes sujets de prédilection sont le renard, l’hermine et le chat forestier, mais j’avoue avoir une attirance pour tous les animaux qui rappellent la taïga, là où le froid règne en maître une bonne partie de l’année et où les résineux forment des forêts grandioses.
Mon activité de photographe se décompose en plusieurs activités, les principales sont : réalisation de reportages photographiques, expositions, organisations de stages photographiques.

Le pic se pose parfois sur un arbre voisin de la loge, c'est l'occasion de faire des images d'ambiance forestière différentes des images à la loge - © Fabien GREBAN
Le pic se pose parfois sur un arbre voisin de la loge, c’est l’occasion de faire des images d’ambiance forestière différentes des images à la loge – © Fabien GREBAN

I&N : Qu’est-ce qui t’attire chez les pics au point d’aller les photographier?
Fabien GREBAN : Les pics épeiches et surtout noirs symbolisent la forêt sauvage dans l’esprit commun. Ce sont aussi des oiseaux photogéniques, qui bénéficient d’un fort capital sympathie. J’ai également la volonté de diversifier ma palette photographique, notamment en photographiant les espèces liées à la forêt.
Alors que jusqu’à présent, j’étais plutôt orienté prairie et haute chaîne du Jura.

I&N : Comme pour chaque espèce il faut se documenter un minimum, as-tu des ouvrages de référence ou des sites web de référence?
Fabien GREBAN : Internet est une source infinie de renseignements. Avant de photographier une espèce, je commence par me documenter. Viennent ensuite le repérage de l’espèce et la prospection d’un secteur favorable à la photographie.
Je n’ai pas gardé en mémoire les nombreux sites web visités, mais j’apprécie beaucoup les sites où l’on peut entendre le chant des oiseaux, cela aide beaucoup dans le repérage. Le site oiseaux.net offre ce service, et il faut absolument en profiter.

I&N : À quelle période peut-on observer et photographier les pics ?
Fabien GREBAN : Les pics épeiches sont parfois photographiés dans les jardins en hiver avec un apport de nourriture pour les attirer. Pour ma part je réalise mes images en pleine forêt et sans apport de nourriture.
La période la plus favorable est la naissance des jeunes, aux mois de mai et juin. La préparation de la loge, les échanges entre parents, le nourrissage des jeunes et le premier envol sont autant de moments riches à observer mais aussi à photographier.
Les pics sont actifs toute la journée. La lumière étant moins dure en forêt qu’en prairie, il est donc possible de les photographier à n’importe quel moment de la journée.

Le pic ne consomme pas que des fourmis ! - © Fabien GREBAN
Le pic ne consomme pas que des fourmis ! – © Fabien GREBAN

I&N : En France, où peut-on trouver le pic noir? Quels types de milieux favorise-t-il et comment le trouver?
Fabien GREBAN : Encore restreinte il y a quelques dizaines d’années, l’aire de répartition du pic noir s’est bien développée en France. Il reste néanmoins indissociable du milieu forestier.
Pour trouver un pic noir, faites comme moi : écoutez et mémorisez son chant et allez vous promener en forêt. Si il est présent vous finirez par entendre son chant caractéristique et cela vous permettra de délimiter un secteur de prospection.
Pour trouver la loge, il faut savoir que le pic noir creuse dans les arbres vivants, et qu’il a des essences privilégiées : le hêtre notamment. A l’inverse, le pic épeiche, moins puissant, préférera creuser sa loge dans un arbre mort.
Pour finir, les pics ont tendance à creuser une nouvelle loge tous les ans, mais bien souvent dans le même arbre.

I&N : Quel matériel utilises-tu? As-tu des conseils sur le matériel à prendre pour aller au pic ?
Fabien GREBAN : Les pics sont des oiseaux sauvages qui apprécient plus ou moins la présence humaine. Il est donc nécessaire de prendre des précautions, d’autant plus lorsque l’on photographie à la loge. Il est obligatoire d’utiliser une tente affût, les filets ne seront pas suffisants pour ces oiseaux à la très bonne vue. L’utilisation d’une longue focale, voire d’une très longue focale, contribue également à minimiser le dérangement. Pour ma part, j’utilise un 500mm sur un boitier plein format. A noter que le pic noir est beaucoup plus farouche que le pic épeiche. Il est préférable de « se faire la main » sur ce dernier avant de s’attaquer au pic noir. Une housse anti-bruit sera aussi très utile, le pic noir étant sensible au bruit du déclenchement.

Un adulte s'apprête à quitter la loge et à passer le relai à son compagnon - © Fabien GREBAN
Un adulte s’apprête à quitter la loge et à passer le relai à son compagnon – © Fabien GREBAN

I&N : Quels réglages préconises-tu pour faire des images? Y a-t-il des pièges à éviter lorsque l’on photographie le pic ?
Fabien GREBAN : Le plus dur pour photographier en forêt, c’est la gestion de la lumière : trop sombre, trop lumineux, trop de contrastes, etc. Il faut alors faire de ces inconvénients des avantages pour faire des images sortant des sentiers battus : contre-jour, clair-obscur, etc. Pour cela,  il ne faut pas hésiter pas à utiliser les différents modes de calcul de l’exposition.

Un exemple de cas difficile est le pic noir posé sur un tronc de hêtre qui réfléchit la lumière du soleil. Il sera alors nécessaire de prérégler son exposition avant l’arrivée de l’oiseau. Pour cela, j’utilise le mode manuel, alors que généralement j’utilise le mode priorité à l’ouverture. Ainsi, quand l’oiseau arrive, je m’occupe seulement de la mise au point et de la composition.
Quant à la profondeur de champ, il faut être vigilant lors des scènes de nourrissage. Le parent et les jeunes sont rarement dans le même plan de netteté. Il devient donc nécessaire dans ce cas de fermer un peu plus le diaphragme.

I&N : Quel type de photographies peut-on espérer ? As-tu des conseils pour la composition d’une Fabien GREBAN : image avec le pic ? As-tu des conseils pour la composition d’un portfolio autour de cette espèce?
Personnellement, je trouve qu’un cadrage vertical est bien adapté pour photographier le pic. Cela met en valeur le tronc de l’arbre et l’oiseau dans son milieu. Il sera préférable de placer le pic dans le haut de l’image. En effet, nous avons plutôt l’habitude de lever les yeux pour les observer. Une composition avec un pic en bas de l’image (en cadrage vertical) serait probablement déroutante.
Dans un portfolio, quelle que soit l’espèce, il faut des portraits mais aussi des photos d’ambiance. Il peut être intéressant de saisir différents comportements, varier les cadrages, les angles de vue, mais aussi les focales.

I&N : Y a-t-il des précautions à prendre pour le photographier?
Fabien GREBAN : Le pic noir est très farouche et il faut savoir qu’il est actif très tôt le matin. Il est donc nécessaire de s’installer dans l’affût avant le lever du jour.

Retrouvez le travail de Fabien GREBAN sur son site internet : http://www.faune-jura.com/ et sur sa page Facebook

8 réflexions au sujet de « Photographier les pics, par Fabien GREBAN »

  1. C’est toujours le même plaisir lorsque l’on peut passer un moment avec toi
    Ta connaissance du milieu,de tes sujets et de la technique est une source de progrès pour le fan que je suis
    Amitiés Dominique (NOUMEA)

  2. Reportage très intéressant. Merci Fabien d’avoir consacré un peu de temps pour nous permettre de progresser dans notre passion.

    Amitié

  3. Bonjour Fabien,
    Des explications qui démontrent, une fois encore, qu’ un bon photographe est déjà et avant tout un excellent naturaliste. La connaissance des espèces permettant de réaliser des clichés dans des conditions optimales tant pour le photographe lui-même que pour le sujet photographié.
    Un beau reportage agrémenté de superbes images !

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